L’Assemblée Nationale autorise la réintroduction des néonicotinoïdes

Nous connaissons aujourd’hui l’issue du vote: une majorité de députés se déclare favorable à cette proposition néfaste pour la biodiversité et le vivant mais juteuse pour le lobby du sucre! Sur les réseaux sociaux, ainsi que par des interpellations politiques et associatives, la société s’indigne.

ATTAC a endossé cette tribune parue dans le JDD avant le vote: sa lecture reste édifiante, compte tenu de la décision que vient de prendre l’Assemblée Nationale concernant la réintroduction des néonicotinoïdes.

TRIBUNE. Néonicotinoïdes : « Députés, vos votes vous engageront auprès des générations futures »

« Plusieurs associations et ONG alertent les députés sur les dangers du projet de loi sur les néonicotinoïdes voté mardi à l’Assemblée nationale. LIRE LA TRIBUNE

Ce mardi 6, mesdames et messieurs les député.e.s, vous devrez faire un choix. Celui d’assumer, publiquement, un recul environnemental de plus, qui met en péril la santé publique et nos écosystèmes. Ou bien celui de mettre la France au premier plan de la transition agroécologique. Ce choix majeur vous le ferez lors du vote sur le projet de loi du gouvernement remettant en cause l’interdiction des insecticides néonicotinoïdes, qui avait été actée dans la loi Biodiversité de 2016, et que certain.e.s d’entre vous avaient votée.
Oui, la jaunisse réduit le rendement des betteraves sucrières. Tout comme la forte sécheresse estivale. Mais la filière subit surtout une dérégulation du marché souhaitée par les industriels du secteur pour casser les prix. Et ce sont les paysan.ne.s qui doivent répondre aux injonctions de productivité. En choisissant d’aller dans le sens de l’industrie sucrière et de l’éthanol, vous choisirez de les emprisonner encore un peu plus dans cette course sans issue, fondée sur l’agrochimie. Face à ce problème économique, écologique et climatique, il est indispensable de trouver des solutions adaptées pour préserver les emplois tout en rendant la filière plus résiliente aux futures crises. La réponse ne peut en aucun cas se trouver dans l’autorisation de tels pesticides, si dangereux pour la biodiversité et la santé.
Loin de l’écologie de l’incantation, nos arguments se fondent sur une écologie scientifique : plus d’un millier d’études attestent de la contamination et de la persistance de ces molécules dans les cours d’eau et les sols, bien au-delà des parcelles traitées. Les néonicotinoïdes sont très efficaces car hautement toxiques à très faibles doses, pour les prédateurs des cultures. Mais fatalement, ils le sont aussi pour les abeilles et une multitude d’espèces non cibles : pollinisateurs sauvages, vers de terres, crustacés… Car ces insecticides enrobent la graine, et sont ainsi “semés” avant même qu’un risque soit identifié.
4 milliardièmes de gramme de néonicotinoïdes : c’est la dose d’exposition par insecte qui suffit à tuer 50 % d’une population d’abeilles ! En limitant la dérogation aux betteraves, soit 450 000 hectares de cultures, on mettrait dans le sol près de 27 tonnes de néonicotinoïdes sur une surface équivalente au département des Alpes-Maritimes !
Continuer de rechercher une solution chimique ou non chimique aussi dramatiquement “efficace” que les néonicotinoïdes ne permettra jamais de joindre les impératifs de production à la protection des écosystèmes. Par ailleurs, on ne peut prétendre défendre une transition agroécologique sans réintroduire de la diversité dans les paysages, sans varier davantage les cultures et en continuant de faire confiance aux seules initiatives des filières agricoles.
Demain, votre vote vous engagera, au présent et vis-à-vis des générations futures. En pleine urgence sanitaire et écologique, les Français.e.s, leurs enfants et petits-enfants jugeront de votre volonté de privilégier – ou non – leur santé et l’environnement. Assumerez-vous la responsabilité d’un recul sans précédent alors que la France peut se positionner comme un exemple à suivre dans l’Union Européenne et au-delà ? »
Maxime COMBES, ATTAC.

 

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