Le diable se niche …dans les apparentes bonnes intentions…

Un article dont la réflexion peut porter à polémique: l’art de mettre « les pieds dans le plat », en quelque sorte. L’alimentation biotech, mais toujours aussi rentable…

Futurs députés européens: résisterez-vous au lobby de la viande de laboratoire? 23 AVR. 2019 PAR PAUL ARIÈS 

Les lobbies financiers, ceux de l’agriculture productiviste ainsi qu’une partie du lobby de la viande industrielle, ont décidé de remplacer la vraie viande, plus assez rentable à leurs yeux, par de la fausse viande, du faux lait, du faux fromage, des faux œufs, beaucoup plus rentables. Une grave menace pour l’élevage paysan.

L’élevage paysan est menacé parce que les lobbies financiers, ceux de l’agriculture productiviste et même une partie du lobby de la viande industrielle ont décidé de remplacer la vraie viande, plus assez rentable à leurs yeux, par de la fausse viande, du faux lait, du faux fromage, des faux œufs, beaucoup plus rentables.

Le système industriel de production de protéines animales est un échec financier comme le dénonce depuis trois décennies Via Campesina: les épizooties coûtent de 18 à 50 % du chiffre d’affaires, la Banque mondiale chiffre le coût de la grippe aviaire à 1250 milliards de dollars… mais pas question pour ces lobbies de laisser se développer l’élevage paysan. Leur réponse est simple : toujours plus d’industrialisation grâce aux biotech.

Ces lobby veulent gagner la bataille de l’opinion publique car ils se souviennent de l’échec de la viande clonée qu’ils avaient précédemment voulu imposer, c’est pourquoi ils financent mondialement des groupes animalistes. L214 a reçu ainsi plus de 1,3 million de dollars d’une organisation états-unienne qui finance, par ailleurs le secteur de la fausse viande et notamment celui des faux œufs. Chacun appréciera à sa valeur qu’une organisation fondée par deux militants anarchistes soient subventionnée par le grand capital international et qu’elle se retrouve aux côtés des lobby financiers, de la malbouffe et de ce qu’il y a de pire dans l’industrie de la viande contre l’Internationale Via Campesina… Ce généreux donateur de L214, prénommé Open Philanthropy Project (OP2), a été créé par le fonds d’investissement de Dustin Moskovitz, co-fondateur de Facebook et son épouse Cari Tuna, journaliste au Wall Street Journal. Ce généraux donateur travaille aussi avec le Fonds d’investissement de Google, et avec des milliardaires comme Bill Gates, William Hewlett (Packard), etc…

Le secteur de la fausse viande n’est pas séparable des autres biotechnologies alimentaires, comme les OGM 2eet 3egénérations, comme les imprimantes 3D alimentaires, qui fonctionnent comme une imprimante classique sauf qu’elles utilisent différents ingrédients sous forme de pâte dont des hydro-colloïdes, une substance gélatineuse chimique que l’on peut structurer, aromatiser, coloriser à volonté.. La première imprimante 3D végane a été lancée, en avril 2019, en Israël, par la société Jet Eat, dont le PDG Eshchar Ben Shitrit est un personnage central de l’industrie alimentaire sous forme d’impression 3D ….

Les grandes firmes disposent déjà de tout un vocabulaire marketing pour imposer leurs productions, elles parlent de « viande propre », de « viande éthique », de « viande cultivée », une façon de sous-entendre que la vraie viande, le vrai fromage, le vrai lait, les vrais œufs ne seraient ni propres, ni éthiques, ni même, peut être, ne relèveraient d’une quelconque culture…

La fabrication industrielle de faux produits carnés comprend une production dite a-cellulaire et une autre dite cellulaire. La production acellulaire est une technique de biologie synthétique qui utilise des micro-organismes comme des bactéries, des levures, pour synthétiser des protéines et molécules. Le gène codant d’une protéine donnée est alors clonée dans un micro-organisme qui est ensuite en mesure de le produire. Pour obtenir des protéines de lait ou de blanc d’œuf, on cultive des micro-organismes génétiquement modifiés (des bactéries, des levures et autres champignons) et on mélange ensuite ces protéines à d’autres substances végétales.

La production cellulaire consiste à reconstituer des tissus animaux en mettant en culture des cellules prélevées sur l’animal. Elle utilise pour cela des bioréacteurs sur le modèle de ceux utilisés en médecine pour fabriquer de la fausse peau. La culture des cellules se fait avec du sérum de fœtus de veau. Certaines start-up, financées par la NASA, ont pour objectif de remplacer ce sérum par des extraits de champignon… Cette fausse viande cellulaire suppose toujours un animal donneur de cellules sous forme de biopsie (sous anesthésie locale) mais un seul échantillon pourrait permettre de produire jusqu’à 20 000 tonnes de viande. Mosa Meat explique que 150 vaches suffiraient pour satisfaire la demande actuelle mondiale de viande. Cette firme néerlandaise avait précédemment inventé le premier hamburger à base de cellules (un simple collage de 20 000 fibres). Son coût de 325 000 euros avait été financé par Sergey Brin, co-fondateur de Google, Patron de la firme Alphabet inc, une émanation de Google dénoncée pour être un faux nez permettant d’échapper à l’impôt via les paradis fiscaux, il dirige aussi Google X chargé de développer la voiture automatique Google et un service mondial de livraison par drone. Il fallait donc absolument dans l’intérêt de Google que la viande soit accusée de tous les maux plutôt que les transports. Sergey Brin est non seulement la treizième fortune mondiale, mais l’une des vedettes du Forum économique de Davos dont les membres, à peine descendus de leur jet privé, ordonnait en février 2019, au petit peuple de consommer moins de viande pour… sauver la planète (prétendent-ils).

Il existe une trentaine de start-up spécialisées financées par la Silicon-Valley, par les fameux GAFA, les (ex) patrons de Google, Amazon, Facebook, Twitter, PayPal et quelques autres comme Richard Branson, co-fondateur de Virgin, Jack Welch de General Electric, etc.  J’aimerais citer un de ces acteurs, le plus important. « New Harvest » (Nouvelle récole), organisation fondée en 2004 pour financer les recherches en agriculture dite cellulaire et développer des campagnes. Son fondateur, Jason Gaverick Matheny, est le directeur de l’IARPA (Center de recherche avancée en matière de renseignement, organisme d’Etat destiné à assurer la suprématie des Etats-Unis en matière d’espionnage), il est titulaire du Prix de la communauté américaine du renseignement, Président du groupe de travail sur l’IA pour la Maison blanche (2016), un des collaborateur de la NASA pour la colonisation de l’espace, ancien de la Banque Mondiale, etc. Paul Shapiro, le leader végan lui rend hommage dans son livre consacré à la viande  soi-disant propre. Les petits paysans-éleveurs et les mangeurs ont donc face à eux la grosse artillerie du capitalisme mondial, y compris militaire.

J’ai parlé jusqu’à présent de ceux qui investissement dans la fausse viande cellulaire mais existent aussi ceux qui pensent que ce marché ne sera pas encore assez rentable et qui misent sur la fausse viande végétale. L’acteur principal est la start-up Impossible Foods (alimentation impossible), l’inventeur du steak 100 % végétal mais saignant grâce à une molécule (l’hemie) extraite du Soja OGM et qui donne l’illusion du sang. On trouve derrière Impossible Foods, Google et son fonds d’investissement, Vinod Khosla, co-fondateur de Sun-Microsystem, un des plus gros investisseurs de la Silicon Valley, considéré comme le maître des investissements dans la haute technologie, UBS, la banque suisse bien connue des altermondialistes, Li Ka Shing, principal milliardaire chinois de Hong-Kong (il contrôle 11 % de la Bourse de Hong-Kong mais aussi 13 % des conteneurs qui circulent dans les océans de la planète, Bill Gates naturellement…

On trouve aussi aux côtés du lobby financier, le lobby de la malbouffe et même, divine surprise, le pire lobby de la viande industrielle… Je citerai Tyson Foods, plus grande entreprise alimentaire américaine, premier transformateur et premier distributeur de poulets, de porcs, de bœufs dans le monde, premier exportateur de bœuf américain. Cette société a été notamment critiquée par OXFAM pour les conditions de travail de ses ouvriers, obligés, bien souvent, de porter des couches-culottes car ils sont interdits de toilette. Son principal dirigeant Noel White est un chantre des alternatives protéinées : « C’est un domaine dans lequel nous investissons considérablement » lit-on sous sa plume dans le magazine VegNews… Tyson foods veut donc devenir une entreprise végane selon Claire Smith, fondatrice de Beyon investing, un des promoteurs du nouvel indice boursier végan qui vient d’être lancé sous le nom de Bloomberg Vegan et qui pèse déjà 255 milliards de dollars. Il ressort que ces entreprises veganes ont un taux de profit bien supérieur aux autres, selon la magasine économique Forbes. Le pire industriel de la viande Tyson Foods investit notamment dans Beyon Meat fabricant de viande… végétale.

L’Europe n’est pas en reste avec la fondation d’un consortium dont le seul objectif est d’en finir avec l’élevage, consortium emmené par Jeremy Coller, désigné, par le Financial Time, comme la personnalité la plus importante du capital-investissement, élu personnalité européenne de la décennie par la presse financière. Jeremy Coller n’est pas seulement l’homme clef du second marché financier, mais le fondateur du réseau FAIR dont l’acronyme signifie « Risque et rendement lié aux investissements dans les animaux d’élevage ». FAIRR estime que l’élevage industriel, constituant un risque trop important pour l’économie capitaliste, il fait imposer le secteur de la fausse viande. Les membres du réseau FAIRR pèsent aujourd’hui plus de 10 billions de dollars. FAIRR produit parallèlement des argumentaires clefs en mains, comme l’idée de taxer le bétail (taxe sur la viande) ou d’une substitution des protéines… Parmi les proches de Jeremy Coller, on découvre Jim O’Neill, ancien économiste en chef de la banque Goldman Sachs qui domine largement le monde, inventeur du concept des BRIC, ancien sous-secrétaire d’Etat britannique,  Noel White, le N° 1 de Tyson Foods… M. Viande industrielle, Michael Bloomberg, onzième personne la plus riche du monde, spécialiste de l’information financière, ancien maire républicain puis indépendant de New York, devenu envoyé spécial de l’ONU pour le climat, champion des énergies dites propres, Richard Branson, le fondateur de Virgin, propriétaire d’une compagnie aérienne, lui aussi adepte de la voiture électrique et des fausses viandes, comme le dit Branson les entrepreneurs sont capables de sauver la planète, pourvu qu’on laisse ses avions voler librement et que chacun mange végan… L’association végétarienne de France a publié le 22 janvier 2018 un rapport intitulé « Pourquoi les entreprises ont tout intérêt à jouer la carte végane ? ». Cette idée que le véganisme serait soluble dans le capitalisme (à la grande différence de l’écologie) est une idée chère aux végans nord-américains, dont Henry Spira, c’est lui qui persuada les plus grandes firmes prédatrices de la planète de se jeter sur le marché végan au nom d’une stratégie gagnant-gagnant… Peter Singer lui rendra hommage en lui consacrant un livre. Il est donné comme un modèle par L214 mais aussi en Belgique par GAIA.

Les Etats-Unis viennent d’autoriser, en novembre 2019, la commercialisation de la fausse viande de laboratoire mais l’Europe traine un peu les pieds. La viande cellulaire n’est pas prévue dans le catalogue officiel des aliments de 2015, ce qui pose des problèmes de dénomination et d’étiquetage et, surtout, parce qu’elle utilise des molécules interdites en élevage comme des hormones de croissance (mais aussi beaucoup d’antibiotiques et de fongicides)… Interdire l’appellation de lait, de viande, de fromage pour des produits qui n’en sont pas est un premier pas, mais un pas grandement insuffisant au regard des enjeux. Le lobbying fait donc rage au sein de l’Union européenne : il faut s’en souvenir à quelques semaines des élections en choisissant bien nos députés.

Paul Ariès est membre du collectif de défense de l’élevage paysan et des animaux de ferme et auteur de Lettre ouverte aux mangeurs de viandes qui souhaitent le rester sans culpabiliser (Editions Larousse 2019)

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