Port de Bayonne

La drague et les marchands de sable

La CCI Pays basque s’apprête à acheter une drague pour 13,8 M d’euros (HT). Cette somme est très importante. A titre de comparaison, rappelons que la Région Aquitaine a confié la concession du port à la CCI en Délégation de Service Public (DSP) du 1/1/2009 au 31/12/2023 et que pour ces 15 ans de DSP, elle envisage d’investir 23 millions. C’est dire l’impact de l’achat prévu.

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Un emprunt sur 20 ans…
La CCI propose un emprunt sur 20 ans, dépassant donc la durée de la concession. Si d’aventure en 2023, la concession échappait à la CCI, bonjour l’inconnu… A moins que cela, évidemment, impose d’une certaine façon la concession de 2023 à la CCI.

La situation actuelle
Tous les ans, deux campagnes de dragages sont menées par des dragues privées venant de Bordeaux ou de Hollande. Cela coûte environ 2 millions d’euros à la CCI qui par ailleurs annonce un chiffre d’affaires annuel entre 7,5 et 8 millions d’euros. Ces dragages annuels (et quelques clapages pour engraisser les plages d’Anglet) semblaient suffire jusqu’à aujourd’hui.

D’autres ambitions…
Mais on souhaiterait, du côté de la CCI, draguer davantage autour de St Bernard. Du côté de l’ACBA et d’Anglet, fort à propos, on souhaiterait également que l’on clape davantage de sable pour les plages. La ville d’Anglet et la communauté d’agglomération ACBA se déclarent donc prêtes à débourser 500 000 euros par an. Pendant 20 ans demande la CCI. La CCI envisage d’emprunter et les annuités seraient de 927 500 euros pour la CCI et 500 000 pour l’ACBA et Anglet. La Région quant à elle estime que cela coûtera de 2,9 à 3 millions par an en y ajoutant les coûts d’exploitation.

Les inquiétudes du CADE…
La drague étant à demeure à Bayonne, il faudra assurer la maintenance, les salaires des 5 employés, le carburant et l’entretien… Et surtout, le beau joujou ayant terminé ses deux, voire trois campagnes de dragages, il faudra donc encore l’employer. Le risque d’un sur-dragage du port se profile. A-t-on suffisamment étudié le risque d’un dragage plus profond et plus soutenu ? Notamment pour la houle, le courant, les berges, les ponts, les activités des pêcheurs professionnels de l’estuaire, les polluants contenus dans les vases… ? A-t-on suffisamment étudié les effets d’un clapage plus important sur les plages d’Anglet ? En termes de courantologie notamment ? Ce serait tout de même ahurissant de devoir draguer davantage la sortie de l’estuaire en raison d’un ensablement croissant issu des rejets de ces clapages. Pour le coup, les shadocks pomperaient sur l’Adour…
Pour le CADE il faudrait mener de minutieuses études avant de s’engager. Pour le CADE, la prudence est de mise.

Surtout que…
Imaginons une drague à Bayonne ayant suffisamment dragué, ayant suffisamment clapé et se tournant les pouces en attendant les campagnes de l’année prochaine. Peut être qu’un petit malin s’aviserait de dire que le sable se fait rare, qu’on pourrait en draguer davantage encore, le stocker, voire le commercialiser. Quoi ?! Vous avez tout de suite pensé à un exploitant bien connu de Cambo dont les camions sillonnent le Pays Basque et bien placé à la CCI ? Allons ! vous voyez le mal partout !
Or, justement, comme la région veut se couvrir un peu, elle impose un avenant qui compte tenu des annuités d’emprunt (927 500 + 500 000 euros) + les coûts d’exploitation, stipule que si la dépense dépassait les 3 millions valeur 2013, ce serait à la CCI de mettre la main à la poche. Et voici qu’apparaît dans l’article 5 de l’avenant la possibilité de « mise à terre de produits de dragages nécessaires aux besoins de remblais dans le cadre d’opérations d’investissements de la Région ». Certes la Région garderait pour elle ces sables, dans un premier temps, mais le système désormais enclenché, si la barre des 3 millions était dépassée, on accorderait sans doute la possibilité à la CCI de commercialiser pour s’en sortir. Le palier suivant, vous le devinez : si on en draguait un peu plus, il y en aurait pour la Région ET pour le privé. Autre question que l’on peut se poser : à qui la CCI confierait-elle le bébé ? Qui au niveau du port pilotera le projet ? Il nous étonnerait fort que cela soit laissé au hasard. De la même façon que l’entreprise « Astilleros de Murueta » a été retenue pour la construction de la drague, il ne nous étonnerait pas qu’en terme de pilotage, oui pilotage, ce soit déjà plié.

En outre, ce qui est oublié, c’est aussi le cours naturel des choses,
c’est le cas de le dire
L’Adour présente à sa sortie des méandres (notamment avec une rive côté interne marquée à St Bernard ; même chose plus loin sur l’autre rive où les poissons plats se plaisaient…).

Cette caractéristique, comme pour tous les fleuves à courant de marée, amène un envasement et ensablement toujours constaté du côté intérieur des méandres ; or il se trouve qu’à vouloir empêcher cette caractéristique plutôt que d’imaginer un usage utile compatible avec le cours naturel (lieu de loisir, plage, vasière, havre d’échouage, amortissement de la houle, zone éponge, espace limicole…) on provoque des conséquences coûteuses et vaines car le phénomène est récurrent…

Pourquoi veut-on maîtriser ce qui a un sens éco-systémique… si ce n’est pour surexploiter, optimiser la marchandisation en éjectant humains, faune et flore ? Une œuvre d’apprentis-sorciers !

En conclusion…
Le CADE considère que l’on va trop vite en besogne, que les études d’impacts ne sont pas suffisantes, que les sommes en jeu sont très importantes et que partie d’entre elles proviennent de nos impôts, que les risques de réaliser des profits privés (avec un outil payé avec des fonds publics) au détriment des équilibres environnementaux existent. C’est pourquoi il demande que ce projet soit ajourné et réétudié.

Commission eau du CADE :
IDEAL • ACE  SEPANSO • Santé Environnement Pays Basque • ZIP Adour • Attac Pays Basque • Ortzadar • Mouguerre Cadre de Vie •  Comité de soutien aux victimes de Fertiladour • Riverains du Seignanx.

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