Projet EMME en Gironde – les freins administratifs se lèvent un à un pour un projet qui militarise sa production

  EMME (Electro Mobility Materials Europe) – Après les conclusions dites « favorables » de l’Enquête publique, le Préfet de Gironde a facilité au mois de mai l’implantation pour le démarrage du projet en l’accordant en compatibilité avec le PLUi de Bordeaux Métropole.

  • Et le 04 juin, c’est l’avis favorable du Conseil départemental de l’environnement et des risques sanitaires et technologiques (CODERST) qui est tombé sur la demande d’autorisation environnementale du futur site industriel, malgré un vote très serré…
  • Désormais, la voie vers la réalisation de ce site dédié à une raffinerie de cobalt et de nickel pour les batteries de voitures électriques semble ouverte. Selon la nouvelle Préfète, cet avis introduit « la finalisation de l’instruction de la procédure réglementaire » pour le porteur de projet qui peut formuler ses remarques avant la signature officielle d’ici quelques semaines : la 1ère remarque que nous voulons partager est générale; elle vient de ce que de moins en moins d’oppositions semblent en mesure de l’emporter lorsqu’un projet industriel est dit « nationalement stratégique » pour une filière et qu’il bénéficie ainsi du statut de « Projet d’Intérêt National Majeur » publié au Journal Officiel (PINM)…une tendance de classement qui se répand, visant à faciliter administrativement sa réalisation, nous en avons déjà parlé sur ce site : avec une autorisation par l’Etat et non plus par les maires.
  • Pour le projet EMME, un classement « politique » facilitant, verdi par l’objectif de la décarbonation, justifié par la nécessité de concurrencer Chine et Indonésie en pointe à 50% du raffinage des métaux stratégiques pour cette filière des batteries électriques. A son avantage également, la création d’emplois intéressant les dockers notamment (200 directs et 300 indirects) et la dynamisation locale.

On se souvient peut-être des oppositions à ce projet qualifié de « vert » par ses porteurs et qui ne le semblait pas tant, à écouter la Sepanso Gironde, les riverains et leurs associations, ou la commune d’implantation au bord de la Garonne, Parempuyre, lors des échanges houleux avec le public sous le contrôle de la CNDP. En effet, ce site Seveso seuil haut de 32 hectares du Port autonome de Bordeaux, se trouve autorisé en zone inondable pourtant déclarée inconstructible en 2022. Il inquiète donc légitimement, et en outre pour d’autres raisons : les volumes d’eau nécessaires et les procédés de traitement des résidus métalliques provenant du recyclage de batteries, les volumes sonores, poussières et pollutions supposées au rejet de fluides, le transport fluvial et le transbordement sensible de minerais dangereux, l’artificialisation d’hectares agricoles ou milieux naturels, la destruction de zones humides si précieuses…L’opposition n’étant pas contre les batteries électriques mais eu égard au mauvais choix du site en zone inondable, faisant courir des risques également aux écosystèmes, au vivant.

La 2de remarque est celle-ci : comme régulièrement maintenant dans ce type de débat, personne ne convainc personne, et de plus – amputées ou raccourcies – les procédures démocratiques sur lesquelles nous comptions peinent à faire entendre une voix populaire raisonnable : n’y a-t-il aucun site, déjà artificialisé, en friches, non inondable et  éloigné d’habitation, qui pourrait convenir en France ? Partout la population se sent impuissante à faire entendre une autre voix que celle d’industriels et de banquiers flairant le bon filon…La question revenant systématiquement: y a-t-il même un pilote qui mesure les destructions environnementales en France ? L’humain soucieux de biodiversité, de protection de l’environnement, se sent de plus en plus impuissant tant la Législation évolue vers un lâcher-prise au regard du Code de l’Environnement et des pratiques démocratiques. On lira utilement l’article de Rue 89 Bordeaux du 05/06 sur les derniers obstacles juridiques: Le projet EMME obtient un nouveau feu vert qui relance les inquiétudes des opposants – Rue89Bordeaux

Enfin, une dernière nouvelle nous parvient – Avec « le bruit des bottes » et la médiatisation de l’état de guerre qui serait « inéluctable », les justifications de l’accélération de ce projet révèlent désormais une autre réalité : ce site servirait, pour partie, à l’industrie militaire; une partie des métaux raffinés lui serait dédiée. De là à interpréter que l’obstination à le réaliser était dictée par d’autres visées que la vertueuse « décarbonation », il n’y a qu’un pas…L’acceptabilité sociale est-elle favorisée, ou pas, par cette nouvelle mission de fournitures aux industries aérospatiales et de Défense ? C’est la dernière remarque que nous partageons dans cet article, car ce n’est plus le même projet que celui qui a été soumis à concertation continue et enquête publique.

A la lecture, nous vous proposons donc l’article scoop de Reporterre, qui cible sur cette nouvelle destination de matériaux stratégiques. Vous y trouverez les contingences financières, ainsi que l’origine étrangère des minerais susceptibles d’être raffinés à EMME. Des batteries de voiture aux missiles : quand une raffinerie « verte » sert l’industrie militaire

 

Cet article a été publié dans Accueil, biodiversité, EAU, Energie-climat, Non classé, Pollution, Pollution industrielle avec le mot-clé , , , . Mettre en signet le permalien.

Les commentaires sont fermés.