Un « serpent de mer » que cette PPE3 « sortie du bois » le 12/02 ! Attendue depuis presque trois ans, telle Godot ou L’Arlésienne, cette Programmation était sujette à tant de critiques potentielles qu’elle arrive sans débat parlementaire. Un débat et la consultation des Français par référendum auraient pourtant apporté, tant les choix énergétiques vont conditionner la vie du pays pour dix ans ! Nos inquiétudes sont grandes pour la forêt, d’où est issue la filière bois déjà optimisée; dans ce contexte, la multiplication des projets industriels nous mobilise : la publication de la PPP3 est donc un moment majeur pour savoir à quel niveau la forêt, et la biomasse qui en est issue, vont être impactées.
Production d’énergie et objectif – En premier décryptage, nous pouvons nous intéresser à la place faite à la biomasse et au bois ligneux, au sein des énergies et de la priorisation des usages. Un visuel compare la projection de répartition par filière en térawattheures, de 2023 à 2035 : les attentes en biocarburant sont ici doublées, tout comme le chauffage et l’électricité (on notera, pour les sources de production, notamment la stagnation de l’hydroélectricité, tandis que montent biométhane et photovoltaïque; et considéré par l’UE comme renouvelable le nucléaire a le vent en poupe, mais nécessitant de nouvelles structures la production ne peut être immédiate).
Projection des objectifs en « Bois-Energie » – Le décret relatif à la nouvelle Programmation Pluriannuelle de l’Energie fixe des objectifs ambitieux pour l’usage du bois dans la production d’énergie, notamment pour la chaleur, l’électricité et les carburants. L’objectif affiché dans la continuité de la Commission européenne est la décarbonation, par rapport aux énergies fossiles, à horizon 2050; ainsi, leur consommation doit chuter à environ 330 TWh d’ici 2035 (contre 900 TWh actuellement), ce qui implique une substitution massive par des énergies renouvelables, dont le bois.
- Chaleur renouvelable : La PPE 3 prévoit un développement significatif de la chaleur renouvelable, avec une cible de 328 à 421 TWh d’ici 2035. Le bois-énergie, via les réseaux de chaleur et les installations individuelles, est un pilier central de cette ambition, avec une forte augmentation. Elle insiste sur l’accélération du déploiement des réseaux de chaleur alimentés par du bois ou d’autres énergies renouvelables, avec des mécanismes de soutien renforcés pour les collectivités et les industriels.
- Biocarburants : Les objectifs pour les biocarburants (dont ceux issus de la biomasse forestière) sont fixés entre 70 et 90 TWh d’ici 2035, ce qui représente une hausse notable.
- Électricité : Bien que l’accent soit mis sur le nucléaire et les énergies renouvelables électriques (éolien, solaire), la biomasse (dont le bois) reste une composante du mix électrique, avec une valorisation accrue de la filière bois pour la production d’électricité décarbonée.
Soutien par mécanismes réglementaires et financiers – ce n’est pas la moindre décision, notamment pour une partie de l’aide aux projets industriels que nous contestons (E-Cho, Nacre, Biochar… pour lesquels d’autres fonds d’aide et d’appels à projet sont également sollicités) :
- Subventions et fonds publics dédiés : pour accompagner les projets de chauffage bois, les installations de cogénération (chauffage + électricité), et les unités de production de biocarburants, des aides visent à couvrir une partie des coûts d’investissement et à améliorer la rentabilité des projets.
- Crédits d’impôt et prêts « verts » : des crédits d’impôt spécifiques et des prêts à taux préférentiels sont proposés pour les particuliers et les entreprises investissant dans des équipements bois-énergie ou des réseaux de chaleur renouvelable.
- Accise sur l’électricité : Une partie des recettes de l’accise sur l’électricité (ex-CSPE) est affectée au soutien des énergies renouvelables, dont la filière bois. Ce mécanisme permet de financer des tarifs d’achat garantis pour l’électricité produite à partir de biomasse.
Un suivi évaluatif –
- Clauses de révision : La PPE3 prévoit une clause de révision en 2027 pour ajuster les mécanismes en fonction des progrès réalisés et des besoins identifiés, assurant une adaptation continue des dispositifs.
- Indicateurs de suivi : 43 indicateurs sont définis pour mesurer la progression de la filière bois-énergie et l’atteinte des objectifs fixés.
En conclusion sur cette première lecture du prévisionnel, rien de rassurant pour l’avenir de nos forêts, que chacun sait fragiles et indispensables au vivant comme aux puits de carbone. On entre dans le vif du sujet: la perspective de conflits d’usage du bois et de sa biomasse, sur fond de mise en danger des forêts.
La Stratégie de Développement des Mobilités Propres – Un document annexé à la PPP3 peut vous intéresser : la SDMP est un outil de pilotage de la politique énergétique, afin d’expliciter les modalités de transition énergétique du transport.