Non à Newcleo et à la privatisation du nucléaire
« Par cette tribune, nous interpellons l’ensemble des forces politiques, associatives, syndicales et citoyennes à se positionner contre tout projet nucléaire privé, dont la start-up Newcleo constitue aujourd’hui l’avant-garde la plus structurée et financée. »
Le CADE a donc reçu cette demande positivement, tout comme Attac et les Amis de la terre par exemple, et en est désormais cosignataire. Si vous êtes intéressé, vous pouvez la signer et surtout la proposer à la signature aux associations susceptibles de soutenir cette tribune (adresse pour signer la tribune en bas d’article).
De quoi s’agit-il ? La tribune: Non à Newcleo et à la privatisation du nucléaire | Le Club – « C’est un véritable hold-up sur des décennies de service public de l’énergie. La privatisation du nucléaire a commencé. La recomposition en cours de la géopolitique mondiale fait tomber les masques et ce n’est pas une coïncidence si, tandis que le Moyen-Orient s’embrase plus que jamais et que les ultra-riches ont décidé de pactiser à nouveau avec l’extrême-droite, dans l’ensemble du monde occidental, le nucléaire partout se relance avec de multiples start-ups pour alimenter les data-centers des géants du numérique. En France, l’entreprise Newcleo, née en 2021, vient de sortir du bois en annonçant ces dernières semaines son projet de déploiement ultra-rapide d’une nouvelle filière nucléaire de »petits » réacteurs à neutrons rapides.
D’ici 2032, Newcleo souhaite créer une usine de production de combustible MOX au plutonium à Marnay et Pont sur Seine à côté de la centrale de Nogent-sur-Seine dans l’Aube pour alimenter un premier réacteur refroidi au plomb (dit LFR pour Lead-cooled Fast Reactor) de démonstration de 30MW à côté de la centrale d’Avoine-Chinon, en Indre-et-Loire, avant de construire dans la foulée une vingtaine de réacteurs de 200MW stratégiquement situés, ainsi qu’un site d’entreposage pour ses déchets. Tout cela pour plusieurs milliards d’euros financés par des investisseurs privés européens, avec le soutien de l’État, d’EDF, d’Orano, du CEA ainsi que de RTE, qui vient de saisir la CNDP conjointement avec Newcleo pour le lancement d’un débat public d’ici la fin de cette année.
Cette filière à neutrons rapides ne peut voir le jour qu’en articulation avec les infrastructures nucléaires existantes, à commencer par l’usine d’extraction de plutonium, vieillissante et aux capacités d’entreposage saturées, de La Hague. Depuis sa conversion à l’économie civile dans les années 70, la principale raison d’être de l’usine dite de « retraitement » a toujours été de créer un marché international du recyclage des déchets nucléaires avec comme argument de vente de fournir en combustible des réacteurs à neutrons rapides.
Problème : la filière n’a jamais vu le jour ni à l’international ni en France, à cause de la catastrophe industrielle du réacteur Superphénix qui concentrait tous les espoirs de l’industrie nucléaire. Mais il n’a cessé d’accumuler les accidents, notamment une grave fuite de sodium ayant causé des dommages irrémédiables pour le bon fonctionnement du réacteur, ou encore l’effondrement du bâtiment turbine… sous le poids de la neige. La mythologique « fermeture » du cycle, depuis si longtemps promise, est par ailleurs confrontée à un second problème : la technologie du recyclage des combustibles MOX usés reste encore une énigme non solutionné à ce jour.
Alors que les EPR posent toujours autant de problèmes, l’industrie nucléaire française est à un tournant, prête à tout pour se perpétuer, même à laisser le secteur privé et ses start-ups s’emparer du nucléaire en capitalisant sur ses infrastructures publiques. Elle est parvenue à convaincre Macron de revenir sur sa décision de 2019 d’abandon définitif du programme de recherche ASTRID et de relancer la filière à neutrons rapides. Cette décision a été entérinée en toute discrétion par le Conseil Politique Nucléaire en mars 2025, en même temps que la décision de construire une nouvelle usine de la Hague, qui coûtera des dizaines de milliards d’euros. Avant de se lancer dans une telle folie, il faudrait pourtant faire le compte de l’ensemble des coûts scientifiques et industriels de cette filière-chimère, qui depuis cinquante ans n’a jamais vu le jour alors que l’ensemble de la chaîne d’approvisionnement, de la mine aux déchets, de l’industrie nucléaire française a été
organisé en fonction d’elle.
En plus de la nouvelle usine de la Hague et du soutien à la startup Newcleo, à tous les niveaux l’accélération est sidérante : fusion de l’ASN et de l’IRSN, validation du programme EPR2 et de la prolongation de nombreux réacteurs au-delà de quarante ans, avance à marche forcée du projet CIGEO à Bure, relance du programme ASTRID, renforcement des collaborations avec le privé pour le méga-projet ITER, lancement à
grand frais des études de faisabilité du méga projet du CERN… des centaines de milliards d’euros sont investis dans des projets qui engagent les générations futures pour des millions d’années.
Dans la même veine, ce mardi 8 Juillet, un amendement porté par la sénatrice de l’Aube Vanina Paoli-Gagin et travaillé, selon ses propres dires, avec Newcleo, sera soumis en catimini au Sénat pour combler une « lacune » de la loi d’accélération du nucléaire de 2023, qui avait malencontreusement oublié d’inclure les usines de fabrication de combustibles dans son cadre. Si ce coup de force est acté, il permettrait à Newcleo de dérouler dès la rentrée 2025 l’incroyable agenda – révélé lors d’une réunion de l’ANCCLI le 25 juin 2025 – dicté par ses investisseurs : lancer une nouvelle filière nucléaire en sept ans.
Qu’on soit pour ou contre le nucléaire, il s’agit de revenir à la raison et de se mobiliser contre la privatisation de cette industrie financée depuis des décennies par les françaises et les français et dont l’héritage doit à tout prix rester dans le giron du public. En matière de nucléaire, plus que dans tout autre domaine, mélanger vitesse et précipitation peut mener à des catastrophes irrémédiables. C’est pourquoi par cette tribune, nous interpellons l’ensemble des forces politiques, associatives, syndicales et citoyennes à se positionner contre tout projet nucléaire privé, dont la start-up NEWCLEO constitue aujourd’hui l’avant-garde la plus structurée et financée. »
Les signatures restent ouvertes après la publication de cette tribune, pour la signer il suffit d’écrire à l’adresse: stop-newcleo@riseup.net
En savoir plus sur le projet de filière nucléaire à neutrons rapides de la start-up Newcleo: CR-NEWCLEO-ANCCLI.pdf
Infos médias – Newcleo obtient le feu vert de l’Aube pour acheter le terrain de son usine à 1,8 milliard d’euros – Newcleo et le nouveau nucléaire français | info.gouv.fr – Newcleo fait un nouveau pas décisif en France avec l’installation d’un mini-réacteur nucléaire