Après l’annonce par Lecornu du fait que l’Etat soutient toujours financièrement la LGV du GPSO, l’indignation s’exprime : ici, dans un billet de blog de Mediapart, porté par le collectif LGV NON MERCI. « En pleine débâcle ferroviaire par temps caniculaire, Lecornu s’entête à financer GPSO »… « Le sens du timing : en plein effondrement du fonctionnement du système ferroviaire français, Lecornu confirme sa soumission à Carole Delga et Alain Rousset (et aux géants du BTP) en endettant (encore plus) l’État pour un projet inutile et délétère ».
Face à ces annonces, la coordination LGV NON MERCI appelle à rejoindre l’événement organisé par le collectif LGV NiNa (Ni ici Ni ailleurs) le 4 juillet à Bernos Beaulac, commune située à l’intersection de la ligne Bordeaux – Sud Gironde, Sud Gironde – Toulouse et Sud Gironde – Dax.
TEXTE DE L’ARTICLE – Le CADE souscrit totalement à cet article, et appelle également à venir soutenir la chaîne humaine sur Bernos-Beaulac, ce samedi 04 juillet…Mobilisons-nous, nous ne pouvons laisser faire ce projet que nous avons tant combattu : le travail documenté et sérieux des citoyens et de leurs associations ne peut être ainsi ignoré !
« La France a connu une nouvelle canicule, précoce dans l’année et très intense. Les trains sont à l’arrêt. Leur climatisation est défaillante. Les infrastructures vieillissantes ne permettent pas d’assurer leur circulation. Lecornu choisit pourtant de réaffirmer son soutien financier à une LGV inutile dont la construction émettra des millions de tonnes de CO2 dont la compensation est hypothétique.
Chroniques ferroviaires à 40 degrés
Les climatologues le disent désormais depuis plusieurs décennies : continuer d’émettre des gaz à effet de serre causera des vagues de chaleur plus longues, plus précoces et d’intensité plus grande. La France a de nouveau subi durant ces derniers jours une canicule qui frappe par sa précocité et son intensité. La canicule de 2003 s’était déroulée en août, alors que nous commençons à peine l’été. Les 40 degrés ont été atteints ou dépassés en de nombreux endroits. Des records absolus – tous mois confondus donc – de température ont été battus en de nombreux endroits. Bordeaux et Toulouse crament sous le soleil.
Cet épisode caniculaire a vu une vraie débâcle ferroviaire dans le grand Sud Ouest. Sur la ligne Bordeaux Marseille, dès le 18 juin, alors que la canicule est encore loin de son paroxysme, des trains Intercités sont supprimés, et les voyageurs reçoivent des messages les invitant à reporter leur voyage. Le même jour, la SNCF annonce supprimer 71 trains Intercités sur les lignes Paris-Orléans-Limoges-Toulouse, Paris-Clermont-Ferrand et Bordeaux-Marseillei. Le 24 juin, les annulations s’étendent ensuite aux trains TER en Nouvelle Aquitaine, aucun train ne circulant plus entre 10h et 18hii. Malgré ces annulations en cascade, l’entreprise SNCF ne parvient pas à assurer la circulation des trains qu’elle maintient, prenant véritablement les personnes en otage. Le samedi 20 juin le trafic ferroviaire s’interrompt en gare de Toulouse Matabiauiii. Un train Ouigo est arrêté à 1km de la gare. Les gens finissent le trajet à pied en plein soleiliv. Le lundi 22 juin, c’est au tour de la gare de Bordeaux de connaître le même sort : le trafic est fortement perturbé et les voyageurs s’agglutinent dans un hall de gare en surchauffev.
Cette liste n’est pas exhaustive. La débâcle s’étend au reste du territoire. Le vendredi 26 juin, un TGV est bloqué dans un tunnel sur la ligne Lyon Paris : l’électricité est coupée, il n’y a plus de climatisation dans certains wagons, des personnes font des malaisesvi. Le transport francilien, quoique moins atteint, est également concerné par les suppressions de train, notamment les RER C et Dvii. Ces annulations et pannes de train font suite à d’autres pannes survenues plus tôt pendant la canicule du mois de mai. Le lundi 25 mai, c’est le réseau Sud Est qui avait été concerné, avec des gens bloqués en rase campagne, en plein chaleur, pendant des heuresviii. Les pannes se multiplient donc, et les trains, qui restent le moyen de transport le moins émetteur de gaz à effet de serre, sont à l’arrêt.
Qui aurait pû prédire ? La SNCF se déresponsabilise en recommandant aux personnes vulnérables de reporter leur voyage et en invoquant une météo hors normes
Face à cette canicule, la communication de la SNCF oscille entre deux postures. Premièrement, à l’instar du président Macron qui renvoie la responsabilité de protection aux individus (« Protégez-vous »), le président de la SNCF, Jean Castex recommande aux personnes « vulnérables » d’éviter de prendre le trainix. Autrement dit, la SNCF anticipe de pouvoir décliner toute responsabilité si une personne fait un malaise, ou pire, lors d’un voyage dans un de ses trains. Deuxièmement, la canicule est présentée comme unique cause de la situation. Jean Castex indique que « la mobilisation est totale », mais la SNCF se présente comme subissant la situation, déclinant là aussi toute responsabilité.
Bien sûr, comme souligné par exemple dans un rapport de la cour des comptes de 2024, il existe une vulnérabilité intrinsèque du réseau ferroviaire à la canicule : « Les équipements électroniques et métalliques (voies, caténaires) sont sensibles à la température, les voies et leurs assises sont exposées aux inondations et ruissellements, etc. »x. Mais ce même rapport souligne que « la vétusté de certaines composantes de l’infrastructure accentue leur sensibilité aux aléas météorologiques ». Donc SNCF sait que l’infrastructure ferroviaire, par sa vétusté, est potentiellement dangereuse en cas de canicule ou en cas de tout événement climatique extrême. Et ce n’est pas que l’infrastructure. Les trains supprimés sur certaines lignes le sont car le matériel roulant est trop vieux avec une climatisation défectueuse ou inadaptée à des températures aussi élevées.
Les épisodes caniculaires que nous connaissons et qui sont amenés à se répéter agissent comme un puissant révélateur du manque d’investissement dans la rénovation des infrastructures existantes et du manque tout aussi criant d’investissement dans l’achat de matériels roulants plus modernes et adaptés à des températures élevées. La dure réalité actuelle des pannes et suppressions de nombreux trains, du fait de défaillances dues à leur vétusté, et à celle du réseau ferré, vient donc confirmer ce qu’écrivait le président du Conseil d’Orientation des Infrastructures (COI), David Valence, dans son rapport remis au Ministre des Transports le 6 mai 2026 dernier :
« Quoi qu’il arrive, la France devra consacrer dès demain davantage de moyens à ses infrastructures de transports existantes, sauf à accepter de dégrader durablement les services qu’elles rendent. C’est dans cette accélération des investissements sur les réseaux de transports dont nous avons hérité que se situe à nos yeux la priorité des priorités. A quoi ressemblerait un pays engagé dans plusieurs très grands projets d’infrastructures nouvelles, mais dont le réseau ferroviaire connaîtrait par exemple un véritable effondrement ? » (rapport du COI de mai 2026 page 4/123).
Le sens du timing : en plein effondrement du fonctionnement du système ferroviaire français, Lecornu confirme sa soumission à Carole Delga et Alain Rousset (et aux géants du BTP) en endettant (encore plus) l’État pour un projet inutile et délétère
Le 7 mai, un protocole d’accord avait été signé entre l’État, les deux présidents de région et les deux maires de Toulouse et Bordeaux. Il ne restait plus qu’à décider entre financement public ou partenariat public privé. C’est dans ce contexte de débâcle ferroviaire que Sébastien Lecornu s’est fendu d’une lettre à Carole Delga et Alain Rousset le lundi 22 juin : le financement de la LNSO se fera sur fonds public, pas de recours à un partenariat avec le privé comme sur la ligne Tours Bordeauxxi.
Par ce choix, le premier ministre finance un projet émetteur net de CO2 sur de nombreuses années et aggrave la situation climatique, très directement. En effet, le bilan carbone sincère et actualisé de ce projet révèle en effet que le coût carbone de construction de ces lignes (incluant des quantités gigantesques de béton, d’acier, de gravier/ballast, de terre de remblai etc. à produire et transporter), représente plusieurs millions de tonnes d’émission d’équivalent C02 durant toute la phase de chantier, qui ne seraient pas compensés avant sans doute plusieurs décennies par les hypothétiques économies carbone que pourrait représenter une report modal de l’avion vers le train. En effet, le trafic aérien Paris – Toulouse est en forte baisse (environ 3 Millions de passager.es par an en 2019, et 2 Millions de passagers.es en 2025). Les LGV n’auraient donc plus la clientèle qu’elles prévoyaient.
Par ce choix, le premier ministre empêche des investissements dans la rénovation des voies existantes, ce qui permettrait de les rendre plus robustes face aux épisodes météorologiques extrêmes dus au changement climatique. De la même façon, il fait le choix de ne pas investir dans un matériel roulant plus confortable et adapté au changement climatique.
Par ce choix, le premier ministre aggrave encore durablement la situation budgétaire de la France, dans un contexte où son ministre des comptes publics, David Amiel, indique sur France Inter qu’on « est assis sur un baril de poudre », en parlant des finances publiquesxii. On a l’habitude de ce discours alarmiste de la part des néolibéraux pour mieux entériner des « réformes » visant à couper dans les dépenses publiques, mais force est de constater que les choix gouvernementaux sont incohérents. Lundi on annonce le soutien à un projet à plus de 20 milliards dont le coût a toute chance de s’enflammer, dimanche on dit que la dette est un baril de poudre.
Face à ces annonces, la coordination LGV NON MERCI appelle à rejoindre l’événement organisé par le collectif LGV NiNa (Ni ici Ni ailleurs) le 4 juillet à Bernos Beaulac, commune située à l’intersection de la ligne Bordeaux – Sud Gironde, Sud Gironde – Toulouse et Sud Gironde – Dax. »
i https://www.sudouest.fr/economie/transports/sncf/vague-de-chaleur-la-sncf-supprime-71-trains-intercites-jusqu-a-lundi-pres-de-50-des-voyages-annules-ce-week-end-sur-la-ligne-entre-bordeaux-et-marseille-29544510.php
ii https://www.sudouest.fr/environnement/climat/canicule/canicule-en-nouvelle-aquitaine-ter-supprimes-voyageurs-naufrages-reportage-a-la-gare-de-perigueux-29640744.php
iii https://www.ladepeche.fr/2026/06/20/reportage-cohue-indescriptible-a-la-gare-matabiau-de-toulouse-la-dilatation-des-catenaires-a-paralyse-le-trafic-ferroviaire-des-milliers-de-voyageurs-13429532.php
iv https://www.franceinfo.fr/economie/transports/sncf/un-train-ouigo-evacue-pres-de-la-gare-de-toulouse-matabiau-en-raison-d-un-probleme-electrique_8071826.html
v https://www.franceinfo.fr/environnement/evenements-meteorologiques-extremes/vagues-de-chaleur-canicules/canicule-trafic-tres-perturbe-a-bordeaux-dont-5h40-de-retard-sur-un-tgv-lourdes-paris-suite-a-une-panne-d-alimentation-electrique_8074511.html
vi https://www.ladepeche.fr/2026/06/27/il-faisait-48-c-un-tgv-paris-nice-reste-bloque-une-heure-dans-un-tunnel-sans-clim-ni-lumiere-plusieurs-passagers-font-des-malaises-13440732.php
vii https://www.bfmtv.com/economie/entreprises/transports/metro-rer-trains-des-ralentissements-et-des-suppressions-prevus-dans-les-transports-franciliens-en-raison-de-la-canicule_AD-202606230905.html
viii https://france3-regions.franceinfo.fr/auvergne-rhone-alpes/rhone/lyon/on-a-passe-1h30-dans-un-wagon-sans-clim-plusieurs-tgv-bloques-a-cause-d-une-panne-electrique-grosse-galere-pour-les-passagers-3356827.html
ix https://www.leparisien.fr/meteo/canicule-la-sncf-recommande-aux-personnes-vulnerables-deviter-de-prendre-le-train-et-assure-que-la-mobilisation-est-totale-21-06-2026-ERWFRFRH4BDLNPIOA3Z775Z2JY.php
x https://www.ccomptes.fr/sites/default/files/2024-03/20240312-RPA-2024-CDVI-adaptation-reseau-ferroviaire-national.pdf
xi https://www.lemonde.fr/economie/article/2026/06/24/sebastien-lecornu-promet-un-financement-public-pour-la-ligne-a-grande-vitesse-bordeaux-toulouse_6713226_3234.html
xii https://www.lemonde.fr/politique/article/2026/06/28/david-amiel-ministre-de-l-action-et-des-comptes-publics-est-l-invite-de-questions-politiques_6716557_823448.html